Manière de faire  ↓

Enseigner l’architecture « hors les murs »

Des pédagogies situationnelles, expérimentales et collaboratives-coopératives en écoles d’architecture

Roberta Ghelli et Théa Manola

L’école du terrain pourrait être l’autre titre de ce texte dans lequel les architectes, chercheuses et enseignantes Roberta Ghelli et Théa Manola dressent un inventaire engagé et réflexif des pédagogies « hors les murs ». Ou comment l’expérience du terrain devient, pour les étudiantEs, une école d’architecture alternative.

Le rendez-vous est fixé à 8 heures, devant l'école d'architecture. Nous arrivons, ponctuels et endormis, nos sacs à dos remplis de vêtements lourds, de cahiers, d'appareils photo. Quelqu'un pose une guitare au sol, à côté des cadres de sérigraphie et des pots de peinture. Nous sommes à peine en mars et il fait encore froid, mais le temps promet d'être beau pour la semaine à venir.

Nous chargeons les bagages, montons dans les minibus et prenons place timidement côte à côte, étudiant-es et enseignant-es, impatient-es de l'aventure qui s'annonce. En route ! Au-delà des fenêtres, sur fond de radio et de bavardages informels, le paysage défile sous la lumière claire du soleil et se transforme, d’urbain à rural : le spectacle du printemps, qui prend doucement sa place sur les collines, devient de plus en plus évident. Une heure plus tard, nous voici au village. Nora, directrice de l'association locale "SuperColo", vient à notre rencontre en souriant, s'amuse des gros sacs à dos sur nos épaules, nous guide dans les ruelles escarpées du village en racontant plein d’anecdotes sur les bâtiments vacants qu’on rencontre au passage. En moins de dix minutes, nous avons fait le tour du village et sommes à l’abri au QG de l'association, l'ex-colonie de vacances qu’elle occupe depuis moins qu’un an. Ce qui nous attend c'est une semaine de rencontres, d'observations et d'analyses, d'immersion dans la vie locale, pour en comprendre la dynamique, les besoins, les possibles et se sentir un peu habitant-e soi-même. Quelles stratégies pour réactiver cet ancien village de caractère, pôle touristique d’antan ? Comment attirer de nouveaux habitant-es, activités, investissements ? Comment accompagner la transformation de l'ex-colonie en un lieu commun, ouvert aux initiatives habitantes ?

Les mains autour de la tasse fumante de café, je passe mentalement en revue le programme prévu, les objectifs que nous nous sommes fixés, le matériel que nous utiliserons pour imprimer à la main le journal, issu des recherches in situ, et que nous prévoyons de distribuer aux habitant-es. Je repense aux mille réunions pour l’organisation pédagogique et logistique de la semaine, aux négociations administratives, aux galères pour obtenir un simulacre de budget. Tout ce temps qu’on donne, cet engagement presque militant… en vaudra-t-il la peine ? Les rires des étudiant-es à la remarque de Nora sur l’état précaire de la cuisine-salle-de-réunion-atelier dans laquelle nous sommes accueilli-es me ramènent à l'instant présent. Leurs regards attentifs, les carnets ouverts dans lesquels j'entrevois des premiers croquis, les nombreuses mains levées qui annoncent autant de questions, me rassurent. Je croise le regard confiant de ma collègue, assise au milieu des étudiant-es : oui, nous sommes au bon endroit pour parler d'architecture.

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Un moment d'une pédagogie "hors les murs" © ASOC

Ce récit fictif n’est pas très éloigné de la réalité de ce que nous dénommons les « pédagogies hors les murs », mises en place en école d’architecture, d’urbanisme, de paysage, afin d’accompagner les apprentissages d’étudiant-es au contact (d’une partie) des réalités spatiales, opérationnelles, professionnelles actuelles. En effet, face à de multiples défis de nature politique, économique et écologique, les mondes professionnels de la fabrique des territoires habités évoluent rapidement et en profondeur1, des nouveaux modes d'aménagement du territoire émergent, témoignant tant de l’ouverture des pratiques de projet2 que de l’évolution des formations en école d’architecture, d’urbanisme et de paysage. Ces expériences pédagogiques « hors les murs », bien que pas nouvelles mais multipliées ces dernières années, en sont la preuve. Elles amènent les étudiant-es et les enseignant-es en immersion dans un territoire, à la rencontre de ce dernier et de ses acteurs ; elles font « entrer du réel en formation »3 et permettent d’éprouver « l’expérience d’une réalité, par l’engagement du corps, afin d’en tirer des apprentissages »4.

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Exemple de production © ASOC

Pédagogies "hors les murs", de quoi parle-t-on ?

Les pédagogies « hors les murs » se développent de différentes manières : explorations et analyses multi-sensorielles (marches, croquis, prise de notes, entretiens), relevé d’usages et/ou habité, programmation – conception - construction participative, prototypages à l’échelle 1/1 jusqu’à la conception-construction de micro-architectures… Chaque expérience pédagogique varie en termes de temporalité et de modalité (semaines intensives d’expérimentation, options sur un semestre, séminaires, semestre de studio de projet), de typologie de territoires (urbain, périurbain, rural, hyper-rural), de réseaux d’acteurs et d’actrices mobilisé-es (institutionnels, locaux, professionnels), de produits finaux (carnets, dessins, vidéos, podcasts, installations…).

Toutes différentes, elles favorisent la rencontre entre étudiant-es et des mondes sociaux, professionnels, politiques pas toujours représentés dans les établissements d’enseignement, mais aussi l’expérimentation de processus de projet, qui provoque des réflexions, des échanges, des transformations architecturales ou urbaines, dans un cadre où l’erreur est autorisée et revêt une grande vertu pédagogique. Fortes en émotions5, ces expériences pédagogiques permettent de tester des formes d’apprentissage horizontal entre encadrant-es, étudiant-es et intervenant-es, encore peu admises et/ou affichées au sein des situations pédagogiques intramuros.

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Moments d’échange et de partage © ASOC

Apparues en France dans les années 1960, elles sont portées par un nombre grandissant d’enseignant-es-chercheur-es, convaincu-es de l’importance d’amener du réel dans les cursus et les exercices de projet, souvent « hors sol » (hormis le temps dédié à la visite du site d’exercice). L’engagement des encadrant-es est fort quand l’on pense à la gestion administrative et logistique nécessaire pour amener les étudiant-es hors les murs. C’est pourquoi, certains écoles, d’architecture notamment, les revendiquent comme signe distinctif d’un parcours de master ou de l’établissement : c’est le cas de l’ENSA Grenoble, qui affirme développer « une pédagogie innovante (…) par l’expérimentation dans les ateliers technico-pédagogiques permettant de conjuguer étroitement conception et réalisation ».

Ces pédagogies « hors les murs » nécessitent un travail de préparation important en amont de l’activité pédagogique et un fort engagement personnel : les encadrant-es travaillent souvent main dans la main avec des acteurs opérationnels locaux (architectes, urbanistes, paysagistes, associations d’habitant-es, …). En grande partie pour ces raisons, les «hors les murs » choisis sont, pour la plupart, des territoires familiers, où l’on mobilise un réseau de partenaires déjà connu.

Des pédagogies... pas comme les autres

Habituellement définies comme « radicales »6 ou « alternatives »7, afin de marquer une contraposition nette face à l'enseignement dit traditionnel ou « plus classique »8 leur longévité et leur intégration (ou acceptation) dans les cursus de plusieurs écoles en France nous a amené à préférer l’appellation de « hors les murs ». Les pédagogies « hors les murs » regroupent pour nous trois types d’expérience :

  • Situationnelle :  on apprend de « l’expérience d’une réalité »9, « de l’expérience territoriale, en dehors de l’école, à partir de terrains d’accueil »10, sujets à des dynamiques particulières ;
  • Expérimentale : on apprend par « le faire »11, par la manipulation de la matière et particulièrement par le « design-build »12, l’acte concevoir et de construire un projet, une installation, à l’échelle 1/1 ;
  • Collaborative-coopérative13 : on apprend « en interrelation et en interaction avec les pairs. C’est lors du travail en équipe, la mise en commun de la créativité, des ressources, des compétences de chacun qu’on atteint un but commun »14
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Apprendre hors les murs © ASOC

Le renouvellement pédagogique lié au « hors les murs » suscite un intérêt croissant tant dans les écoles (notamment celles d’architecture) que dans la recherche15. Malgré cet engouement incontestable autour de ces pédagogies, leur lisibilité est faible. Les raisons sont multiples : insuffisante mise en réseau entre les enseignant-es/établissements à grande échelle ; tensions avec le cadre de formation existant et ancré16 et/ou manque de légitimité face à l’enseignement traditionnel17 ; durabilité précaire, car fondée sur l’engagement de ceux et celles qui les portent, sur une opportunité d’expérimentation (d’un lieu, d’un territoire), sur des rencontres et des liens personnels avec le réseau local d’acteurs et actrices.  

Essayer de comprendre et de valoriser les pédagogies "hors les murs"

Afin de commencer modestement à offrir une certaine lisibilité à ces pédagogies, dans cet article, nous proposons de nous baser sur les avancements du programme européen “An architecture school of Commons (ASOC)”, que nous portons depuis 2021 à l’École Nationale Supérieure d’Architecture (ENSA) de Grenoble, et qui comporte à la fois un volet pédagogique et un volet scientifique. Ce projet18, coordonné par le Collectif Etc, est fondé sur la coopération entre trois écoles d’architecture19, trois collectifs d’architectes20 et trois communautés locales21, en France, Grèce et Italie.

Dans ce cadre, nous menons plusieurs activités. D’abord, une activité pédagogique (composée par cycles – français, italien, grec) comportant à chaque fois des enseignements en cours d’année et une école d’été ; ensuite, une activité scientifique qui vise explicitement l’amélioration de la connaissance et la compréhension de ces situations pédagogiques en France. La partie scientifique d’ASOC comporte, entre autres, la mise en place d’un inventaire des pédagogies « hors les murs » à l’échelle des 20 Écoles Nationales Supérieures d’Architecture (et de Paysage) françaises22 ; et la mise en place de deux colloques, dont un portant spécifiquement sur les pédagogies « hors les murs ».

Nous allons nous baser sur ces expériences afin, d’abord, sur la base de l’inventaire, de commencer à décrire la place de ces pédagogies dans les ENSA(P) ; ensuite, sur la base du colloque international « In situ, avec et par l'expérience. Pédagogies hors les murs dans les écoles d’architecture, d’urbanisme, de paysage » et notamment de certaines contributions, nous essayerons de décrire les points communs qui ressortent concernant ces pédagogies23 ; puis, sur la base de l’expérience pédagogique ASOC, nous présenterons les enjeux de ce type de pédagogies et leurs effets sur les participant-es ; enfin, nous finirons sur les questions et difficultés que le « hors les murs » amène en formation initiale.

Comment quantifier et qualifier les pédagogies « hors les murs » dans les ENSA ? Un inventaire analytique en cours de réalisation

Essayer de comprendre de quoi on parle dans la pratique quand nous faisons référence aux pédagogies « hors les murs » nécessite un travail de recensement, de qualification et d’analyse des situations pédagogiques en question. En cela, dans le cadre du volet recherche du programme ASOC, il nous a semblé nécessaire de mener un inventaire analytique. Pour ce faire, nous nous sommes fixé-es comme périmètre d’enquête les 20 ENSA(P) françaises et nous nous sommes basé-es sur les programmes pédagogiques en cours en 2022-2023, ou du moins de ce qui est affiché dans les fiches d’enseignement Taïga24. Pour dresser cet inventaire encore en cours, il s’agit d’identifier dans chaque école les enseignements qui croisent à minima deux types d’expériences pédagogiques parmi les trois identifiées plus haut, à savoir : situationnelle ; expérimentale ; collaborative-coopérative25.

Si le corpus que nous avons traité est partiel26, les éléments à notre disposition nous laissent supposer pouvoir à terme inventorier 300 enseignements « hors les murs » pour l’ensemble de la France. Cela montre que ces pédagogies ne sont pas totalement marginalisées dans les écoles d’architecture.

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Bibliothèque mobile © ASOC

Des exemples de pédagogies « hors les murs » en ENSA(P)

La majorité des pédagogies « hors les murs » portées en ENSA(P) sont fondées sur le croisement d’expériences situationnelles et collaboratives, ce qui permet la rencontre d’un site et des acteurs qui le pratiquent et/ou l’habitent. Parmi les nombreux exemples27, le cours intensif « Comment les gens vivent : ici et là-bas ? Enquête sur les espaces du commun dans l'habitat des ouvriers »28 à l’ENSAVT Paris-Est, qui propose aux étudiant-es « d’enquêter sur les modes de vie et les usages quotidiens des habitants, sur leurs stratégies d’adaptation et revendications face à l’espace [...] »29 ; ou encore l’atelier de projet « Eco-concevoir un Centre d’hébergement d’urgence en mode coopératif »30 à l’ENSA Clermont-Ferrand, qui part du souhait de préfigurer la relocalisation et la pérennisation d’un équipement d’hébergement d’urgence dans une friche industrielle et qui amène les étudiant-es à rencontrer les acteurs de ce projet via plusieurs séances d’observation, d’échange, et de restitution.

Un certain nombre de pédagogies « hors les murs » sont centrés sur l’articulation entre expérimentation et collaboration. Dans ce cadre, l’intégration d’acteurs-rices peu habituel-les dans les cursus permet d’apprendre des outils inédits ou d’affronter des épreuves différemment. Un exemple est l’enseignement intensif « Architecture vertueuse »31  à l’ENSA de Lyon, dans le cadre duquel une expérimentation collaborative par prototypage est mobilisée pour créer une logique d’équipe entre les étudiant-es, les enseignants-et et les partenaires (industriels, maîtres d'ouvrage, ingénieurs).

Une minorité de situations pédagogiques sont enfin structurées autour de la combinaison entre le in situ et l’expérimentation. Elles proposent de mobiliser des outils plus ou moins inédits pour activer/transformer un site. Prenons ici en exemple l’enseignement « Trans Rural Lab : Matières grises »32 à l’ENSA Paris Val de Seine, dans le cadre duquel « la mairie de Caulnes met à disposition une exploitation agricole en cessation d’activité - la Ville Gate - dans l’idée de réhabiliter le site de façon expérimentale. [...] La venue des étudiants à la Ville Gate est toujours l’occasion de mener des chantiers participatifs »33. Un autre exemple est « L’atelier Architecture Capable » à l’ENSA Toulouse34, qui propose par l’expérimentation collective in situ la conception-réalisation à l’échelle 1/1 de structures habitées dans le cadre de propositions artistiques, culturelles ou d’intérêt général ; ou encore « L’Atelier du Limousin » à l’ENSA Versailles, qui propose en deux semestres d’atelier de projet des échanges avec des acteurs locaux, le développement de stratégies de requalification du territoire via des interventions d’architectures et/ou d‘aménagements pérennes à caractère public.

Malgré les différences de format, de contenu, d’organisation et de territoire d’action, de nombreuses similitudes apparaissent dans les expériences pédagogiques « hors les murs », alors « qu’il n’existe pas d’échanges officiels entre nos établissements et que les équipes enseignantes ont réfléchi chacune de leur côté »35. Elles semblent se développer plus souvent en Master, dans le cadre d’ateliers de projet ou de cours intensifs d’une ou deux semaines, et sont quasiment absentes (du moins à l’échelle de l’échantillon étudié) des Projets de Fin d’Étude, où perdurent des formats d’expérience plus « classiques ». D’autres similitudes sont à observer dans les exercices proposées, l’organisation des temps pédagogiques, les formats de restitution.

Partant de cette hypothèse, le colloque scientifique international « In situ, avec et par l'expérience. Pédagogies « hors les murs » dans les écoles d’architecture, d’urbanisme, de paysage » souhaitait faire se rencontrer et échanger les enseignant-es portant ce type de pédagogies et mettre en évidence les traits communs entre les diverses expériences.

Des questionnements croisés sur les pédagogies "hors les murs". Retours sur le colloque "In situ, avec et par l'expérience"

Le colloque s’est tenu à l’ENSA de Grenoble en décembre 2022 et a réuni des enseignant-es et enseignant-es chercheur-es, de doctorant-es, d’étudiant-es, d’acteurs associatifs inscrits dans des territoires ruraux et des acteurs opérationnels. Les intervenant-es de la journée ont représenté 23 laboratoires de recherche, issus de 20 écoles d’architecture (dont 7 internationales), de 5 instituts d’urbanisme et géographie, de 3 écoles de paysage et d’une école d’art, ainsi que 4 structures professionnelles. Ils-elles ont questionné et/ou témoigné de la présence et de la place de ces pédagogies dans leurs établissements de formation, les ont resituées dans le temps et dans l’espace, en ont questionné les modalités et les effets.

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Colloque « In situ, avec et par l'expérience. Pédagogies « hors les murs » dans les écoles d’architecture, d’urbanisme, de paysage » © ASOC – CRESSON-AAU

Des pédagogies ancrées dans l’histoire des enseignements de l’architecture

Les recherches récentes sur l’histoire de l’enseignement, portées par une partie des intervenant-es du colloque, ont mis en avant l'ancienneté des pédagogies « hors les murs » en école d’architecture. Selon Antoine Perron36, les exemples remontent à l’Ancien Régime, quand une minorité d’enseignants tentaient de situer et de politiser leurs enseignements, se positionnant contre le « spectre de l’académisme »37. Perron explique que ces pédagogies, plus largement explorées suite à la création des Unités pédagogiques des années 1970, s’enracinent dans les expériences de l’enseignement de l’urbanisme (en Angleterre par Patrick Geddes, en France par Gaston Bardet, André Gutton et Robert Auzelle et en Belgique par Maurice Culot). Summers schools, centre de stages, contre-projets et chantiers expérimentaux : ces initiatives, majoritairement ancrées dans le monde rural et qui essayent de dépasser la coupure entre enseignement et monde « réel » ont progressivement infusé en école d’architecture, à côté d’autres plus connues, issues du Bauhaus et, aux États Unis, du Black Mountain College et de la Auburn University (notamment Rural Studio38). Parmi les spécificités pédagogiques du Black Mountain College, Joanne Pouzenc39 note l’importance donnée à la communauté, à la pluridisciplinarité, à l’autogestion ou à la gestion partagée de la vie quotidienne qui nourrit l’expérience commune d’étudiant-es et d’enseignant-es. Alessandra Bruno40 soutient que ces références d’enseignement se mélangent à celles plus intimes des enseignant-es qui les portent, liées à leur trajectoire personnelle et professionnelle. Ce mélange de références produit des activités pédagogiques toujours différentes. Le nom choisi pour ces activités exprime, selon Bruno, leur identité, en anticipe les modalités d'apprentissage et traduit un positionnement politique et social en prise avec le réel.

Quels apports de ces pédagogies quant au processus de projet ?

Les interventions confirment que les expériences pédagogiques « hors les murs » permettent d’inscrire les étudiant-es au sein d’un processus de projet - entre la commande, la conception, la construction, etc. Il s’agit d’expérimenter collectivement une pratique réelle. Le processus de projet est formulé par ce que Pouzenc appelle « communauté d'apprentissage », à composition variable (étudiant-es, enseignant-es, acteurs locaux, professionnel-les, habitant-es…), où chacun-e peut exprimer son opinion. Les rôles sont attribués de manière volontaire ou distribués au sein des groupes (construction, édition, arpentage du territoire, recherche…) ; les responsabilités (nettoyer, cuisiner, ranger) sont partagées et non-figées. Au vu de la composition hétéroclite (culturelle, politique, sociale) de cette communauté d’apprentissage, elle se doit de trouver un langage commun pour avancer et prendre des décisions. Le processus « hors les murs » s’accompagne aussi d’une forte dimension sensible. En cela, Léa Sallenave41 parle de la mobilisation d’approches polysensorielles, particulièrement utilisées en école de paysage pour analyser le in situ, restituer et mettre en discussion des émotions, des ressentis, des impressions et les légitimer face à l'aménagement du territoire. Le travail de groupe, et notamment la co-construction à l’échelle 1, implique la mise à disposition d'outils en nombre et appropriables, de matériaux disponibles et facilement transformables, de la réalisation de documents de travail compréhensibles et d’une production réalisable collectivement. La phase de réalisation comporte aussi l’utilisation, l’expérimentation et l’éventuelle transformation de la production elle-même. Tout au long de ce processus, l’erreur, l’échec, sont autorisées et valorisées.

Les pédagogies « hors les murs » ont-elles des territoires de prédilection ?

Le choix des sites où se déroulent les pédagogies « hors les murs » semble dépendre de plusieurs facteurs : thématiques (problématiques in situ, sujets à développer, enjeux d’intérêt général et capacité narrative) ; organisationnels et logistiques (possibilité de financement, capacité d’accueil, mise à disposition de locaux, de ressources) ; relationnels et personnels (connaissance du territoire, mobilisation d’un réseau de partenaires connu et proche, confiance réciproque). Plusieurs intervenant-es du colloque ont fait ressortir qu’il n’y aurait pas de sites plus investis que d’autres pour la mise en œuvre de ces pédagogies, mais que, pour autant, les sites ruraux, voire hyper-ruraux, seraient souvent choisis. Pouzenc souligne que ce choix relève aussi de l’absence d’architectes dans ces territoires, pour des raisons financières et matérielles (absence de budget public pour les rémunérer) ou parce que leur situation n’est pas identifiée comme ayant un intérêt architectural.

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Activités pédagogiques © ASOC

François Nowakowski42 et Sophie Meunier43 soulignent l’importance du déplacement comme moyen d’apprentissage qui caractérise les pédagogies « hors les murs » et influe sur le choix des sites. Prendre ensemble un train, un bus, le minibus de l’école c’est déjà entrer dans la bulle spatio-temporelle du « hors les murs » : ce qui se passe entre le seuil de l’école et le terrain de projet à quelques heures de distance, conduit tant à une prise de conscience d’un “ailleurs” qu’à transformer les rôles et les positions entre étudiant-es et enseignant-es44. A ce titre, le déplacement est intégré dans le déroulé pédagogique et demande à l’équipe encadrante une préparation non négligeable. Partir, arriver, revenir, parfois repartir pour se rendre à nouveau dans le site quelque temps après : pour Nowakowsky et Meunier l’appréhension d’un site n’est donc pas exclusivement issue d’une immersion mais bien d’une fréquentation, qui se met en place par des rapprochements et des éloignements. Ces aller-retours permettent à la communauté apprenante de se sentir “moins étrangère et plus habitante”, développant des formes d’attachement et une relation sensible qu'elle noue progressivement avec le site et le territoire45.

Des influences sur les acteur-trices impliqué-es

Les pédagogies « hors les murs » semblent générer des articulations fécondes entre les acteurs-trices issus des mondes académiques (étudiant-es et enseignant-es), civils (collectifs habitants), et opérationnels (institutions de gouvernance et professionnel-les de la fabrique urbaine, architecturale et paysagère). Des dynamiques de fidélisation peuvent se mettre en place et favoriser le développement d’une expérience pédagogique dans le même territoire pendant plusieurs années de suite. En ce sens, Bettina Horsch46 et Pauline Ouvrard47 soulignent que la pratique du « hors les murs » façonne et oriente les trajectoires étudiantes, enrichit et re-questionne leurs pratiques et leurs représentations de l’architecture et du métier. Par leur récurrence et/ou répétition, ces expériences pédagogiques forment des étudiant-es « passe-muraille » (selon la définition de Horsch et Ouvrard), explorateurs de nouvelles frontières disciplinaires, sociales, politiques et spatiales, qu’ils-elles franchissent à mesure des circulations hors et dans les murs. L’acquisition de savoirs (savoir-faire et savoir-être) se construit à travers la confrontation avec les sites et leurs acteurs-ices, par l’identification, l’appropriation et la critique de nouveaux référentiels territoriaux, sociaux et politiques ; de cultures professionnelles (la leur et celle des autres corps de métiers avec lesquels ils-elles seront amenés à exercer) ; de cultures disciplinaires (d’autres écoles avec lesquelles partager l’expérience).

Retour réflexif sur une expérience pédagogique "hors les murs" : le cas du programme "An architecture school of commons - ASOC"

« An Architecture School of Commons » est un projet pédagogique européen initié en 2021, dont l’objectif est la mise en place d'expériences pédagogiques situées, expérimentales et collaboratives (répondant aux trois entrées/critères des pédagogies « hors les murs »). Ce projet est à destination d’étudiant-es d’école d’architecture, dans le cadre de l’organisation, de la structuration et/ou de la transformation de lieux ancrés en milieu rural.  Depuis 2021, des étudiant-es de trois écoles d’architecture (issus de l’ENSAG, du Politecnico de Turin et de la NTU d’Athènes) voyagent en Europe pour découvrir des communes rurales, des lieux en transformation et des acteurs (professionnels et locaux) participant à cette transformation, en France, Italie et Grèce. Pour chaque territoire, les partenaires organisent une semaine de workshop pendant l’année scolaire (inscrite dans la formation initiale de l’université locale) et une semaine de « summer school » au mois d'août qui regroupe tous les partenaires et les étudiant-es des trois pays (une trentaine au total).

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Schéma des territoires et des temporalités du projet ASOC © ASOC

En 2021-22 les étudiant-es ont exploré La Place des Possibles (Saint Laurent en Royans, dans la Drôme) ; en 2022-23, ils-elles ont investi La casa di Belmondo (à Belmonte Calabro, en Calabre, Italie). La prochaine (et dernière) expérience pédagogique de 2023-24 sera organisée autour d’un ancien réseau d’écoles désaffectées, à Morfi (Threspotia, Grèce).

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L'un des trois sites du projet ASOC : La Place des Possibles © ASOC
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L'un des trois sites du projet ASOC : La Casa di Belmondo © ASOC
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L'un des trois sites du projet ASOC : les écoles de Morfi © ASOC

Pourquoi s’embarquer dans une aventure pédagogique « hors les murs » ?

Attachées à créer des situations pédagogiques en lien fort avec les questions sociales, politiques et écologiques actuelles, nous nous sommes engagées dans le projet ASOC avec l’envie de mettre en place un projet pédagogique en prise directe avec des collectifs d’architectes, que nous suivions depuis plusieurs années. L’idée est de co-construire avec les collectifs (en l’occurrence en France avec le collectif Etc) des situations pédagogiques pour faire vivre des expériences, pour passer une semaine “à la façon de”, pour aller à la rencontre et pour faire in situ. Il s’agit de partager avec les étudiant-es les démarches de projet du collectif (la permanence, la co-conception, la co-construction) et l’éthique professionnelle portée par les collectifs d’architectes (le réemploi, la réhabilitation, le co-portage des projets avec les acteurs-rices du territoire), mais aussi les difficultés et contradictions auxquels ils-elles font face (dans l’organisation d’équipe, le choix des projets, les montages financiers et les revenus). Nous nous sommes aussi engagées dans ce projet car nous souhaitions permettre aux étudiant-es de découvrir des processus de projets portant sur des lieux émergents « de l’intérieur » et en « pratique ». Ces lieux, qui peuvent se rapprocher de tiers-lieux48, sont issus en grande partie de processus de commoning49, portés par des habitants avec le support de collectifs d’architectes, dans le cadre d’une d’une ré-activation et/ou gestion du patrimoine bâti vacant.

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La Place des Possibles à Saint-Laurent-en-Royans © ASOC

Ces pratiques professionnelles, ces sujets  et ces lieux sont l’objet de fantasmes et d’envies dans les écoles d’architecture : parfois évoqués dans le cadre d’options en master, on les retrouve au sein des mémoires, on les diffuse par une communication soignée lors d'événements, de festivals, de prix… Là, il s’agissait pour nous de les intégrer très tôt dans l’enseignement (dès la licence 2), pour donner à voir la complexité de ces pratiques, les questions qu'elles posent et les difficultés auxquelles elles font face, avec un regard qui se voulait aussi critique et pas seulement idéaliste.

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Activités pédagogiques © ASOC

Les workshops et summer school réalisés jusqu’ici, et notamment ceux en France, ont plongé les participant-es dans une réalité locale et ont donné un aperçu de ses problématiques, acteurs, dynamiques sociales, économiques et politiques. Les activités pédagogiques ont permis l’arpentage du territoire proche, la rencontre avec les habitant-es et acteurs-ices locaux-les, l’expérimentation d’outils et techniques de construction (bois, pierre, métal), d’impression (sérigraphie) et de montage vidéo et son. Les productions ont été variées (installations, mobilier, affiches, cartes sensibles, fanzines, podcasts…), et ont été réalisées pour “activer” les lieux (tant en termes architecturaux que événementiels), restituer des dynamiques locales, questionner les locaux.

A un an de la fin, ce projet de collaborations plurielles ne cesse pas de montrer ses fragilités (économiques, humaines, organisationnelles) et a déclenché un certain nombre de conflits entre partenaires50. Pourtant, il a aussi provoqué des moments de partage et de convivialité très intenses, et des effets divers sur les participant-es, encadrant-es et étudiant-es.

Quels sont les effets de ces pédagogies/expériences « hors les murs »51 ?

Pour les enseignant-es il s’est agi d’expérimenter la transmission de connaissances par le partage d'expériences – constructives, artistiques, de recherche, mais aussi quotidiennes (cuisiner, mettre la table, manger, nettoyer les espaces communs) et informelles – amenant aussi à un changement de posture vis-à-vis des étudiant-es.

Fortement critiques envers l’enseignement en école d’architecture, les collectifs s’approchent, non sans difficultés, des enseignant-es, ce qui a permis à certain-es de leurs membres de prendre du recul sur leurs propres pratiques, de préciser les discours, les valeurs et les engagements.

Les associations locales mesurent avec frustration l’impact mineur de ce projet sur le fonctionnement et la transformation du lieu. A titre d’exemple, en France, des dynamiques d’activation intéressantes et fédératrices suivent les workshops à la Place des Possibles, mais l’expérience n’est pas valorisée localement et les productions ne sont pas utilisées pour déclencher des dynamiques ultérieures.

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Activités pédagogiques © ASOC

Pour les étudiant-es, ces workshops ont laissé des traces durables : ils ont constitué « une exception »52 dans le parcours en école d’architecture et ont exaucé « de nombreux désirs d’action ». Dans ce sens, la possibilité de créer et vivre ensemble sur un temps limité a alimenté une « dynamique émancipatrice » et « le sentiment d’être écouté-e, d’être légitimé-e dans la décision, d’être couvert-e de bienveillance ». Un « effet bulle », que l’on peut vivre lors d’une colonie vacances ou d’un festival, et qui explique l’enthousiasme et l’envie de réitérer l’expérience.

Enseigner l'architecture "hors les murs" : cadres, effets et postures en question

Outre la forme et l’intensité de ces pédagogies, leur présence dans les écoles et, plus largement, la dynamique d’apprentissage qu’elles engendrent, les pédagogies « hors les murs » questionnent aussi sur d’autres aspects que nous n’avons pas pu développer dans ce texte. Ces questions se structurent a minima autour de trois points : les effets sur les territoires ; les cadres dans lesquels les pédagogies en question prennent places ; les postures à la fois pédagogiques, mais aussi en lien avec les pratiques professionnelles qu’elles ouvrent.

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  Le « off » du « hors les murs » © ASOC

Une question centrale concerne les traces/les effets que les pédagogies « hors les murs » laissent (ou pas) sur les territoires qu’elles investissent une fois que les acteur-trices protagonistes de ces pédagogies ne sont plus présent-es. Si le temps d’une semaine ou d’un semestre les étudiant-es et enseignant-es ont pu apporter de l’énergie, de l’attention et du soin à un territoire, est-ce que cela répond suffisamment et justement aux besoins locaux ? Les pédagogies en question ne remplacent pas (ou ne devraient pas remplacer) les apports des professionnels pour répondre aux problématiques des territoires mais, comme vu précédemment, elles peuvent, dans certains cas, décentrer les acteurs du territoire avec lesquels les étudiant-es et enseignant-es sont en contact. Pourtant, les manques structurels d’accompagnement de ces territoires (souvent choisis, comme précisé plus haut, parce qu’ils manquent justement d’ingénierie territoriale) ne sont pas comblés par les expériences « hors les murs ». Que reste-t-il alors après le temps des pédagogies en question ? Le décentrement des acteurs est-il un apport suffisant pour les territoires ?

Le décentrement des étudiant-es, des enseignant-es et des acteur-trices territoriaux n’est pas le seul effet « perturbateur » des enseignements « hors les murs ». Bien que les établissements de formation, notamment les ENSA, défendent des pédagogies spécifiques dépassant largement les postures « transmissives » habituelles de l’université, enseigner l’architecture « hors les murs » n’est pas un long fleuve tranquille. « Il est encore très difficile de faire sortir des étudiants de l’école, de les faire participer à un chantier ou de faire intervenir des artisans dans la formation des architectes. Les questions d’assurance, de sécurité, de responsabilité empiètent sur l’intérêt pédagogique de tels dispositifs, sans parler des a priori négatifs voire dédaigneux pour un tel changement »53. Est-ce que nos cadres institutionnels sont adaptés à ces pédagogies ? Nous savons que pour réussir à mener à bien des projets pédagogiques de cette nature il ne faut pas seulement des enseignant-es engagées, mais aussi des appuis et un portage politico-administratif au sein des établissements de formation.

Le « hors les murs » vise à « faire comprendre aux étudiants, par l’expérience (Kolb, 1984), toute l’importance qu’il y a à décaler les postures et manières de penser pour prendre en compte ce qui vient d’autrui et n’est pas défini à l’avance, sans pour autant abandonner ses savoirs propres »54. Nous pouvons avancer qu’un élargissement des compétences associées à la formation en architecture, en lien avec ce que l’on pourrait qualifier d’une éthique de projet ou d’une éthique professionnelle55 est en cours dans nos institutions. Cet élargissement encore en définition amène aussi, dans certains cas, à d’autres débats, touchant plus directement les pratiques professionnelles, vifs ces dernières années. Bien que très différentes par nature, ces expériences nous renseignent toutes néanmoins sur la manière dont certaines pédagogies concrètes – in situ, à l’échelle 1/1, avec la participation intégrée de nombreux-ses acteur-rices - permettent d’ouvrir de nouveaux champs d’application pour les architectes, et notamment les champs de la déprise d’œuvre56 ou de la diversification des métiers57.

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Improviser, dans le processus de projet © ASOC

Telle est, peut-être, la tâche première des pédagogies « hors les murs » : penser l’architecture et la pratique architecturale non seulement comme la garantie d’une forme finale « maitrisée », mais aussi en intégrant l’incertitude, le doute et l’importance du processus dans les mondes de formation et professionnels de l’architecture.

Notes de bas de page
  1. Girault Mathilde, 2019, « Professionnalités de l’urbain et crises écologiques : politiser l’urbanisme et ses métiers par la reconnaissance de leur constellation mythologique », Thèse de doctorat en Géographie, Université de Lyon. Haumont Bernard, 2020, « De la diversité des écoles à la diversification des métiers », Communication au 7e séminaire HEnsA20 du 28 au 30 novembre 2019 : Enseigner l’architecture en Île-de-France au XXe siècle – une histoire croisée. Horsch Bettina, 2021, « L’architecture d’un métier : les étudiants architectes entre orientation, socialisation et insertion professionnelles. Le cas de l’École nationale supérieure, Thèse de doctorat en architecture, ENSAN.
  2. Sinéus Merril, 2018, « Le « réel » dans la pédagogie : témoignages étudiants d’un enseignement « hors les murs » en école d’architecture. Situation urbaine et apprentissages inédits ». Cahiers RAMAU. Revue du Réseau activités et métiers de l’architecture et de l’urbanisme, no 9 (10 janvier 2018), pp.102‑16.
  3. Claude Cohen et Laurent Devisme, « Formations en mouvement : décalages, émergences, (re)cadrages », Cahiers RAMAU, 9 | 2018, 8-20.
  4. Team 11 (ULiège), Sasha (ULB), 2021, « Les pratiques « par le faire » dans l’enseignement de l’architecture », Appel à intérêt pour la journée de recherche du 12 octobre 2021. Calenda (blog), 17 mars 2021.
  5. Collectif Etc – Bohn Maxence, Ghelli Roberta, Manola Théa, Rossi Robinson, Stroobant Kémarine, 2024 (à venir), « Apprendre du « hors les murs » pour penser les devenirs des métiers et des formations. Discussion croisée sur l’expérience « An Architecture School of Commons », Revue Blok
  6. Colomina Beatriz, Galán G. Ignacio, Kotsioris Evangelos and Meister Anna-Maria (ed.), 2022, Radical pedagogies, MIT Press Ltd, Cambridge.
  7. Buisson Aurélie, 2014, Des formes de pédagogie alternative pour concevoir un projet d’architecture Autor(en): Objekttyp: Article Zeitschrift: Tracés : bulletin technique de la Suisse romande Band (Jahr): 140.
  8. Lefebvre Pauline, Neuwels Julie, Possoz Jean-Philippe (dir.), 2021, Penser-Faire : quand des architectes se mêlent de construction, Éditions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles
  9. Team 11 (ULiège), Sasha (ULB), 2021, « Les pratiques « par le faire » dans l’enseignement de l’architecture », Appel à intérêt pour la journée de recherche du 12 octobre 2021. Calenda (blog), 17 mars 2021
  10. Claude Cohen et Laurent Devisme, « Formations en mouvement : décalages, émergences, (re)cadrages », Cahiers RAMAU, 9 | 2018, 8-20
  11. Dans certaines écoles d’architecture en France (dont celle de Grenoble), ces pratiques font partie intégrante de l’offre académique, voire la renommée de l’école.
  12. L’enseignement design-build apparaît au début du XXème siècle aux États-Unis, où il est aujourd’hui durablement ancré. Relativement récent en France, il se diffuse actuellement au sein des écoles d’architecture, les productions de étudiant-es étant valorisé-es au sein de concours, festivals, prix.
  13. Sur les pédagogies cooperatives voir aussi : https://pedagogiescooperatives.tumblr.com/
  14. Raucent Marie-Christine, Joanne Vajda, Patricia Scheffers, Diane Leduc, et Eric Le Coguiec, 2019, « Construire une démarche pédagogique et déployer la coopération à toutes les échelles entre écoles d’architecture européennes ». In Questions de Pédagogies dans l’Enseignement Supérieur. Brest, France: ENSTA Bretagne, IMT-A, UBO.
  15. Notons par exemple les ateliers de la chaire Eff&t (comme par exemple celui à Toulouse et Bressuire, en juin 2022, mettant en débat des expérimentations de fabrique collective in situ) ; les rencontres du réseau Polygonale (en exemple celle de mai 2022 sur les “Pratiques collaboratives et autres formes de déprise d’œuvre des architectes”) ; le colloque “Tiers-lieux culturels” du réseau CREAMED (à Toulon, en mars 2022) ; le colloque “Penser-Faire. Les enjeux théoriques et pratiques des revalorisations du faire en architecture” du SASHA et de la Team 11 (à Bruxelles, février 2020) ; les rencontres du réseau SUD/pratiques et pédagogies coopératives (à Paris, 2016 et 2018 : “Enseigner l’architecture ou l’urbain et être utile à la société”).
  16. Claude Cohen et Laurent Devisme, « Formations en mouvement : décalages, émergences, (re)cadrages », Cahiers RAMAU, 9 | 2018, 8-20.
  17. Team 11 (ULiège), Sasha (ULB), 2021, « Les pratiques « par le faire » dans l’enseignement de l’architecture », Appel à intérêt pour la journée de recherche du 12 octobre 2021. Calenda (blog), 17 mars 2021.
  18. Le projet est soutenu par le programme Erasmus + KA2 Partnership for cooperation et d’une aide de l’Etat par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme Investissement d’Avenir – ANR-15-ANR-02
  19. École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble (ENSAG-UGA) en France ; National Technical University of Athens (NTUA) en Grèce ; Politecnico di Torino (Polito) en Italie.
  20. Collectif Etc en France ; Zuloark en Grèce ; Orizzontale en Italie.
  21. Les Tracols en France ; Tirilab en Grèce ; La rivoluzione delle Seppie en Italie.
  22. L’inventaire est réalisé par les autrices de cet article et par Robinson Rossi (étudiant ENSAG et IUGA – UGA, stagiaire et membre de l’équipe de recherche ASOC) et avec le concours, plus ponctuel, de stagiaires autres.
  23. Le processus de publication d’un ouvrage sur cette thématique est en cours.
  24. Taîga est la plateforme de gestion de la pédagogie dans les ENSA(P). Les fiches d’enseignement correspondent au descriptif des enseignements menés dans chaque établissement et sont accessibles en consultant le site de l’ENSA(P) en question.
  25. Par exemple, nous n’avons pas inclus dans l’analyse les expérimentations matérielles à l’échelle 1 sans contexte/site, uniquement en atelier de prototypage et les déplacements hors de l’école qui emportaient avec eux “la bulle” de l’école (par exemple, les voyages pédagogiques).
  26. Nous n’avons analysé complétement qu’un cinquième des enseignements ENSA(P) en France. Il est important de rappeler que les éléments présentés ici sont à manipuler avec prudence car le travail est encore en cours. Un article sur l’inventaire abouti sera publié prochainement.
  27. Précisons que ces exemples sont choisis essentiellement parce qu’ils illustrent bien les éléments d’analyse apportés.
  28. Enseignant-es : Laureline Guilpain et Guillaume Nicolas.
  29. Citation issue de la fiche Taïga de l’enseignement.
  30. Enseignant : Rémi Laporte.
  31. Enseignant-es : Estelle Morlé, Paul Vincent, Stéphan Courteix, Emmanuel Ritz.
  32. Enseignant-es : Catherine Rannou, Marc Dilet, Edith Akkiki.
  33. Citation issue de la fiche Taïga de l’enseignement.
  34. Enseignante : Joanne Pouzenc, Constructlab.
  35. Raucent Marie-Christine, Joanne Vajda, Patricia Scheffers, Diane Leduc, et Eric Le Coguiec. « Construire une démarche pédagogique et déployer la coopération à toutes les échelles entre écoles d’architecture européennes ». In Questions de Pédagogies dans l’Enseignement Supérieur. Brest, France: ENSTA Bretagne, IMT-A, UBO, 2019, p. 3.
  36. Doctorant à l’ENSA Paris Belleville et à l’Université Paris-Est Sup.
  37. Denès Michel, 1999, Le Fantôme des beaux-arts : L’Enseignement de l’architecture depuis 1968, Éditions La Villette, 252 p.
  38. Rural Studio est un studio d’architecture design-build de l’université d’Auburn. Il enseigne aux étudiants les responsabilités sociales de la profession d’architecte, les engageant dans la conception et dans la construction de maisons et de bâtiments de qualité à destination des communautés pauvres de l’ouest rural de l’Alabama, aux États-Unis. Le studio a été fondé en 1993 par les architectes Samuel Mockbee et D. K. Ruth.
  39. Architecte, doctorante à l’ENSA Toulouse, membre de constructlab, directrice de la Maison de l’architecture Occitanie-Pyrénées.
  40. Doctorante à l’université d’architecture La Cambre-Horta à Bruxelles.
  41. Docteure en géographie, postdoctorante et chargée d’enseignement à l’Université de Genève.
  42. Urbaniste et architecte, maître de conférences à l’ENSA de Strasbourg, chercheur au laboratoire AMUP.
  43. Architecte et urbaniste, membre de l’Atelier Commun.
  44. Ces constats sont issus de l’atelier de projet « Stratégies pour la biorégion », qui s’est déroulé durant trois années, de 2017 à 2019, dans la vallée de la Ligne en Ardèche, en réunissant des étudiant-es en architecture de l’ENSA de Lyon et des étudiant-es du master « Ville et Environnement Urbain » (VEU) de l’Université de Lyon pour concevoir un projet sur le territoire, avec une approche biorégionale.
  45. Lévy Jacques, 1995, Égogéographie. Matériaux pour une biographie cognitive, L’Harmattan (Coll. « Géotextes »), 188 p.
  46. Ingénieure diplômée en architecture, maîtresse de conférences à l’ENSA Nantes-Nantes Université, chercheure au laboratoire AAU.
  47. Architecte HMONP, maîtresse de conférences à l’ENSA Nantes-Nantes Université, chercheure au laboratoire AAU.
  48. CreaMed, 2021, “Tiers lieux culturels. regards croisés entre chercheurs, professionnels et artistes”. Appel à communication pour le colloque pluridisciplinaire des 17 et 18 mars 2022. 1 octobre 2021.
  49. Festa Daniella, 2016, “Les communs urbains. L’invention du commun”, Tracés, Hors série
  50. L’idée initiale, et certainement utopique, était de co-construire avec les collectifs les contenus et l’organisation des workshops, ce qui a provoqué de nombreuses controverses entre les enseignant-es engagé-es dans le projet et les professionnel-es des collectifs. En effet, le processus a été particulièrement déstabilisant pour les enseignant.es-chercheur.es impliqué.es. Si dans les situations pédagogiques habituelles les enseignant.es définissent l’entièreté du cadre (contenus, déroulement, forme des productions finales) cela n’a pas été possible dans le cadre de cette expérience de « co-construction » du cadre pédagogique.
  51. A ce sujet un papier est en cours de publication : Collectif Etc – Bohn Maxence, Ghelli Roberta, Manola Théa, Rossi Robinson, Stroobant Kémarine, 2024 (à venir), « Apprendre du « hors les murs » pour penser les devenirs des métiers et des formations. Discussion croisée sur l’expérience « An Architecture School of Commons », Revue Block
  52. Toutes les citations de ce paragraphe sont issues d’un papier est en cours de publication et reprennent les paroles et écrits de deux étudiant-es (Robinson Rossi et Kémarine Stroobant) – cf. Collectif Etc – Bohn Maxence, Ghelli Roberta, Manola Théa, Rossi Robinson, Stroobant Kémarine, 2024 (à venir), « Apprendre du « hors les murs » pour penser les devenirs des métiers et des formations. Discussion croisée sur l’expérience « An Architecture School of Commons », Revue Block
  53. Laborderie Clémentine, 2020, « L’école hors-les-murs, ou l’expérience du chantier et du milieu », Topophile 
  54. Carriou Claire, 2018, « Former “ hors les murs ”. L’expérience des “ commandes financées ” au sein du master d’urbanisme de l’université Paris Nanterre. », Cahiers RAMAU, 2018, Les activités et les métiers de l’architecture et de l’urbanisme au miroir des formations, 9, pp.74-86
  55. Kahn Pierre, 2006, « Réflexions générales sur l’éthique professionnelle enseignante », Recherche et frmation, 52 | 2006, 105-116.
  56. Hallauer Edith, 2017, « Du vernaculaire à la déprise d’oeuvre : Urbanisme, architecture, design », Thèse de doctorat en Aménagement de l’espace, Urbanisme, Université Paris-Est.
  57. A ce sujet, voir le colloque « Devenirs des métiers de la fabrique des territoires habités« . Une publication est en cours dans les cahiers RAMAU.