Manière de faire  ↓

L’économie contributive

L’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI) et le Territoire Apprenant Contributif

Franck Cormerais, Vincent Puig, Olivier Landau et Maude Durbecker

A partir d’un terrain d’étude et d’expérimentation en Seine-Saint-Denis, les membres de l’Institut de recherche et d’innovation se livrent, dans ce texte, à une réflexion théorique et expérientielle sur ce que peut être une recherche contributive avec des habitantEs qui, apprenant, construisant et cherchant ensemble, favorisent leur capacitation face aux sujets de la place du numérique, du travail et de la valeur dans notre société.

En 2006, le Centre Pompidou, sous l’impulsion du philosophe Bernard Stiegler, créé en son sein l’Institut de recherche et d’innovation (IRI) pour anticiper, accompagner, et analyser les mutations des activités humaines induites par les technologies numériques, et pour développer de nouveaux outils contributifs. Depuis le décès de Bernard Stiegler en 2020, l’IRI s’appuie pour la définition et la conduite de son programme de recherche sur un Collège Scientifique et Industriel et en collaboration avec le Collectif Internation et l’Association Epokhè pour le développement des territoires-laboratoires de l’économie contributive. L’IRI constitue une plateforme de réflexion et d’expérimentation, avec une dimension internationale dans le cadre du réseau Digital Studies mis en place en 2012 et une dimension territoriale dans le cadre du projet Territoire Apprenant Contributif à Plaine Commune initié en mai 2016 et du projet de monnaie locale de contribution écologique ECO initié en 2023. Le programme de recherche de l’IRI articule des objets de recherche théoriques et technologiques : Parentalité, soin et numérique, Design de la contribution urbaine, Coopération, valorisation, capacitation, Savoirs et technologies. 

L’idée du Territoire Apprenant Contributif prend racine en 2014 à la suite de la rencontre entre Patrick Braouezec, à l’époque président de Plaine Commune et Bernard Stiegler, directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation, et fondateur de l’association Ars Industrialis. Leur discussion fait suite aux Entretiens du Nouveau Monde Industriel organisés chaque année par l’IRI en partenariat avec le Centre Pompidou afin de proposer une vision alternative de l’industrie. Cette année-là, la 13ème édition des ENMI a pour sujet l’automatisation et ses conséquences sur le travail et les relations sociales. Bernard Stiegler y décrit la perte de savoirs liée à ce phénomène. Ces réflexions alimentent la discussion notamment quant à la perte de liens sociaux dans notre société contemporaine. Celui-ci constate plusieurs tendances au cœur du territoire qu’il côtoie tous les jours : une tendance à l’individualisation, avec un repli sur soi des habitants, une perte des liens sociaux, un fort taux de chômage, ainsi que la montée de l’automatisation et du numérique qui semble détruire beaucoup d’emplois. Émerge alors la nécessité d’interpeller le politique sur ces sujets, et de mener une réelle réflexion afin de tenter de faire quelque chose pour anticiper une potentielle crise à venir.

Se pose alors l’opportunité d’un territoire d'expérimentation à Plaine Commune, pour repenser le travail et l’emploi ainsi qu’une hypothèse de revenus des habitants complémentaire à leur emploi rémunéré. Ce sera le lieu de l’expérimentation d’une économie dite contributive. 

Celle-ci souhaite créer les conditions où les habitants seront encouragés à développer collectivement des savoirs, puis à les mettre au service de leur territoire, créant ainsi des « territoires apprenants contributifs ». Cette mutation en une économie du soin basée sur le savoir doit permettre l’émergence de nouveaux emplois ou de nouvelles activités économiques.

Le constat de la crise écologique et sociale

Le contexte local de Plaine Commune s’inscrit dans une situation planétaire de crise écologique. L’Anthropocène décrit notre ère géologique actuelle, au cours de laquelle l’action humaine est sans précédent, et génère tant de transformations que l’environnement s’en trouve modifié pour toujours, et menace de façon irréversible la survie de l’humain et des autres espèces. La production technologique à ce titre, va si vite que les sociétés n’ont pas le temps de la découvrir, l’appréhender, l’apprendre, s’en faire producteur et créateur. Il en résulte une dynamique de décalage, en retard, de la part des systèmes sociaux, d’incompréhension et donc de passivité. C’est la disruption1. Bernard Stiegler parle d'entropie, en s’appuyant sur d’autres disciplines comme la physique, pour décrire la perte générale de diversité (biodiversité, technodiversité, noodiversité) et l’augmentation de ce qui peut détruire la vie en général : détruire la planète, détruire les relations humaines, détruire le soin que l’on porte aux choses, détruire l’attention, détruire l’espoir que l’on a dans l’avenir… Est mise en cause l’omniprésence des logiques de consommation, qui génèrent des comportements pulsionnels et un sentiment de vide, mais aussi plusieurs mécanismes de l’économie de l’attention, qui capte notre « temps de cerveau disponible2 » et nous rendent passifs, indifférents les uns aux autres et à notre planète et sa biodiversité. Il y a un bouleversement global des écosystèmes.

Travail VS emploi : la question de la contribution des habitants

La contribution, une démarche collective 

A la fin du 20ème siècle, l’émergence des techniques numériques a généralisé la place de la machine dans la vie quotidienne, posant de façon cruciale la question de sa place dans la société et sa relation avec les humains. Aujourd’hui, conséquence du numérique et des machines en réseau connectées en permanence à une majeure partie de la population, l’alimentation des connaissances sur le web est généralisée. Elle résulte de contributions volontaires et involontaires des êtres humains. L’association Ars Industrialis, analysant l’aspect pharmakologique3 des technologies numériques a élaboré depuis les années 2013 une première approche d’une économie valorisant la contribution, basée sur plusieurs principes.

Les connaissances et les savoirs en acte, le travail versus l’emploi 

Les connaissances théoriques contribuent à enrichir les savoirs pratiques, expérientiels, et réciproquement dans des interactions continues avec d'autres individus. Ainsi, le savoir en action se nourrit au sein d'un processus collectif qui engendre de la nouveauté. Ce processus s'inscrit dans une dynamique indissociable d'un groupe social et d'un contexte local en constante évolution4.

Cette question du savoir est au cœur de l’économie de la contribution et de la recherche contributive. Elle est liée à celle du travail. Bernard Stiegler revisite la notion de travail depuis la distinction que faisaient les Grecs Anciens entre ponos (le labeur) et ergon (l’ouvrage), distinction que l’on retrouve en anglais entre labor et work, le travail doit être entendu comme pratique de savoir qui crée des ouvertures et des possibles, et non seulement comme labeur. L’emploi s’exprime aujourd’hui majoritairement à travers le cadre du salariat, dans un lien de subordination entre l’employeur et le salarié. Le salarié ne participe pas ou peu à la définition du contenu et de la finalité de son activité. Cela induit une tendance à la standardisation de cette activité, qui peut se limiter à la répétition de tâches, protocoles, routines, où la personne est remplaçable, par une autre personne ou par un automate - machine ou algorithme. Dans un tel cas, l’activité exercée dans l’emploi est dépourvue de toute pratique de savoir, c'est-à-dire de toute capacité à produire de la nouveauté par l’interaction avec d’autres. L’emploi implique alors une prolétarisation de l’individu, c’est-à-dire une perte de savoirs : “Le prolétaire est celui qui travaille sur une machine sans savoir ce qu’il produit, sans savoir comment marche la machine »5. Ici « perdre des savoirs » signifie se déqualifier, au sens ne plus savoir comment pratiquer un objet, comment se faire à manger, comment compter, comment s’orienter, comment conduire même !6.

Dès lors, l’emploi et le pouvoir d’achat associé, qui génère une consommation, pousse à des comportements répétitifs sclérosants pour les individus : “Les consommateurs sont pré-forma-tés dans leurs comportements de consommation, téléguidés, conditionnés, et, comme dit Deleuze, « contrôlés »”7. A l’inverse, le fait d’interagir et de créer, c’est-à-dire de ne pas seulement exécuter des tâches standardisées mais d’induire des bifurcations imprévisibles au sein d’une organisation ou d’un système, favorise le développement des singularités de l’individu et relève de ce que Bernard Stiegler appelle un travail. Ce travail revêt une dimension d'œuvre pour l’individu et intervient dans sa réalisation personnelle, enrichissant alors ce que l’on peut désigner comme son répertoire. L’individu qui travaille est alors moins facilement remplaçable, du fait de la diversité singulière de son répertoire et de son appartenance à une communauté que nous qualifions de communauté de savoir et qui n’est pas limitée au cadre de l’emploi.

L’exemple du projet Urbanités numériques en jeux : développer ses savoirs, fabriquer la ville

En décembre 2018, les Entretiens du Nouveau Monde Industriel ont comme thème « L’intelligence des villes et la nouvelle révolution urbaine ». Explorant les concepts de « smart city », de « droit à la ville » ou encore de « gouvernementalité algorithmique », l’IRI et ses partenaires posent la question du devenir industriel de la ville à l’époque des plateformes et des nouvelles technologies du bâtiment comme le BIM (Building Information Modeling). Y sont présentées des expériences sur la ville telle que l’expérience Rennecraft utilisant à l’époque le jeu vidéo Minecraft et les données du Service d'Information Géographique de la ville de Rennes. Démarrés en partenariat avec le rectorat de Créteil, les ateliers UNEJ se présentent donc comme l’expérimentation des travaux de l’IRI et ses partenaires sur la question du « nouveau génie urbain ». Élaborés à travers un processus contributif incluant architectes, urbanistes, enseignants, chercheurs et amateurs du jeu vidéo, ils se déroulent sur le temps scolaire et sont animés par des enseignant.e.s volontaires (spécialement formés à cet effet) et par l’équipe d’intervenants (architectes, urbanistes, opérateurs techniques) qui assurent 3 à 6 interventions par établissement par an depuis l’année scolaire 2020/2021. Ils s’appuient sur la pratique du jeu vidéo Minetest pour accompagner les élèves dans la conception puis la modélisation des propositions en lien avec l’aménagement de leur territoire, en s’intégrant dans la dynamique des Jeux Olympiques et Paralympiques jusqu’à fin 2024.

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UNEJ, deux élèves en train de jouer à Minetest - IRI Institut de Recherche et d'Innovation

En 2020-2021, les élèves ont travaillé sur des réaménagements de leur cour de récréation (arbre à palabres pour avoir un espace calme de discussion, séparation des activités calmes et sportives, végétation, gradation du paysage, proposition d’espaces multisportifs avec des murs d’escalade, de salle de classe plein air). Pendant l'année scolaire 2021-2022, des projets urbains ont été formulés dans le quartier de l'établissement (proposition de jeux aquatiques sur la place de la Fraternité à la Courneuve pour s’amuser et gérer en même temps la récupération d’eau de pluie (élèves du collège Poincaré et élèves du lycée professionnel Denis Papin), espaces verts avec travail sur le bois, avec répartition des usages entre différentes générations, genres, proposition pour le square Fayvon (élèves du lycée Jacques Brel). Pour l'année 2023-2024, des propositions de reconversion des espaces du village des Athlètes et du village des Médias, construits dans le cadre des Jeux Olympiques de 2024, seront imaginées. Les différents établissements vont travailler sur l’aménagement du Mail Finot, espace au cœur du village olympique.

Ainsi, les élèves participent sur plusieurs années, et à mesure qu’ils grandissent, l’échelle de leurs propositions progresse, depuis la cour à l’échelle de la ville. Il s’agit de s’inscrire dans une démarche de concertation urbaine des jeunes habitants à la fabrique de leur ville, en prenant très au sérieux leurs propositions. Un des enjeux réside dans la capacité d’être actif sur son territoire de vie, de pouvoir y prendre des décisions, de mieux le connaitre et le comprendre. L’enjeu est aussi le devenir professionnel de ces élèves, qui découvrent les métiers des professionnels impliqués dans le projet comme urbaniste, architecte, constructeur… et qui demain peut-être voudront emprunter ces voies.

Le projet met la lumière, à travers un outil dont ils ont la maîtrise, les capacités de coopération, de réflexion et d’expression des élèves. Il a pour objectif de modéliser ses idées en termes d’aménagement de son propre territoire et espace de vie, de se sentir acteur de celui-ci, d’en être créateur, activement. Il constitue un support riche de création et d’échanges entre pairs et permet d’en apprendre plus sur son milieu de vie, d’un point de vue historique, géographique, politique, écologique…

C’est donc un dispositif qui enrichit et développe les savoir-faire des élèves, mais aussi leurs savoir-vivre, à travers la pratique du débat et de la délibération et leurs savoirs théoriques (connaissances inclues les programmes de l’éducation nationale, connaissances métiers des partenaires…).

Fort de l'expérience acquise lors des multiples ateliers conduits au sein des différents établissements, l’IRI et ses partenaires ont formalisé des éléments de méthode permettant d’étendre le dispositif à d’autres contextes où l’on pense la fabrication de la ville. Cette proposition s’adresse aux collectivités, aménageurs, bailleurs sociaux, tiers-lieux, qui souhaitent inclure les habitants dans leurs processus de décisions d’une nouvelle manière à l’aube de la digitalisation des villes.

L’exemple des cuisines contributives : cultiver la santé sur son territoire

Le projet a permis la création de nouvelles pratiques8 d’ateliers de « santé alimentaire contributive »9. Il réunit des habitants, des professionnels de l’alimentation et des chercheurs de la Seine Saint-Denis pour qu’ils construisent ensemble, à partir du partage de leurs savoirs et expériences en ces domaines, les savoirs nécessaires à une alimentation accessible, saine et capacitante.

9 atelier cuisine contributive
Atelier de cuisine contributive - Comité Éco

Ces ateliers de cuisine contributive visent à créer les conditions pour développer un esprit critique des discours de marketing et de communication sur les produits alimentaires pour développer sur le quartier les savoirs permettant une alimentation de qualité, en circuit court, accessible à des personnes bénéficiant de faibles revenus et potentiellement générateurs de nouvelles pratiques et activités. L’atelier souhaite cultiver une connaissance avisée des questions alimentaires au XXIe siècle, en les liant aux questions de l’allaitement, de l’éducation, du développement somatique et psychique des enfants et adolescents. Cette thérapeutique alimentaire tente de favoriser les pratiques de jardinage et de cuisine contributive, et l’organisation de repas communs, activités possibles dans la Maison de quartier Pierre Sémard. Une cinquantaine de personnes ont participé jusqu’à présent.

Les usagers et les partenaires sont étroitement associés à la construction des actions. Ainsi, le contenu d’une partie du projet a été profondément remanié pour l’adapter aux désirs et besoins du groupe d’habitantes du quartier Pierre Sémard qui y participe. Ces habitantes, souvent cuisinières de rue, souhaitent en effet développer des activités professionnelles à partir de leurs savoir-faire culinaires. Nous avons donc décidé́ de réorienter le projet pour répondre à leur demande.

Il les accompagne dans leur volonté de professionnalisation en organisant 5 ateliers qui apportent les intrants théoriques et pratiques nécessaires à cette professionnalisation et permettront de ce fait l’appropriation de nouveaux savoirs, pratiques et théoriques, sur l’alimentation (rôle de l’alimentation dans le développement somatique et psychique des individus, qualité alimentaire, hygiène professionnelle alimentaire, etc.)

Enfin, un travail sur un site internet de recettes reliées au nutriscore est en cours de travail, avec le soutien d’OpenFoodFacts et de Mosaic. En effet dans le cadre du dispositif C03 (Co-Construction de Connaissances pour une transition écologique et solidaire, ADEME), Mosaic accompagne l’IRI dans la création d’une plateforme de sciences participatives pour le développement des savoirs alimentaires en Seine-Saint-Denis. Le protocole de collecte de ces données permettra de partager des expériences autour de :

  • L’approvisionnement et les pratiques d’achats ;
  • Les pratiques et la culture culinaires locales ;
  • La commensalité ;
  • Le bien-être et la santé.

Un nouveau rapport à la valeur et à la richesse

Regarder la valeur sous l’angle de la richesse globale : l’apport d’Amartya Sen

Il s’agit de tenter de dépasser la vision productiviste de la rémunération en fonction du temps de travail, qui ne regarde que la valeur d’échange en termes de richesse financière comptabilisée par le Produit Intérieur Brut (PIB). Au contraire, cette économie propose de valoriser avec un revenu dit contributif des actions bénéfiques pour le territoire, au sens où elles permettent de lutter localement contre l’augmentation de l’entropie. Cette approche s'inspire des travaux d’Amartya Sen sur les « capabilities »10, et de l'Indicateur de Développement Humain (IDH) pour encourager une économie qui valorise les savoirs des habitants, et permet de repenser la question de la richesse.

Selon cette perspective, les « capabilités » englobent l’ensemble des possibilités concrètes dont disposent les individus pour choisir et se réaliser dans leurs vies. Il s’agit de distinguer les fins et les moyens : “ne prêtons pas aux revenus, à la prospérité, une importance intrinsèque, mais évaluons-les en fonction de ce qu’ils aident à construire, en particulier, des vies dignes d’être vécues”11. La richesse d’une société, donc, ne se limite pas aux revenus ou à la consommation. Cette conception permet d’ouvrir la « richesse », à des points essentiels tels que l’accès à l'éducation, l’accès aux soins et à la santé, l’accès à la culture, la possibilité de nouer des liens sociaux, inventer, créer… qui constituent ce qu’il appelle « la liberté de déterminer la nature de son existence »12.

La valeur pratique et la délibération de ce qui a de la valeur

L’économie de la contribution renouvelle la représentation économique associant valeur d’usage et valeur d’échange, pour les envisager dans un rapport étroit à la valeur pratique proposée par Bernard Stiegler. C’est dans la pratique collective d’un savoir que se transforment les regards portés sur ce qui a de la valeur. Or, précisément, les transformations du territoire nourries par des processus délibératifs sont à la fois des transformations d’usages (les projets concrets) et des transformations de l’espace symbolique partagé (les enjeux de soutenabilité et objectifs de cogestion) au sein duquel s’effectue la reconnaissance de ce qui a de la valeur13.

Un savoir, lorsqu’il est qualifié collectivement puis mis en pratique, peut engendrer des bienfaits pour les acteurs d’un territoire. Le défi est de faire en sorte que ces bienfaits puissent être reconnus comme tels, c’est-à-dire identifiés et qualifiés voire quantifiés et valorisés lors des rencontres délibératives. Ces rencontres sont un lieu de structuration de controverses et d’émergence de compromis, sans cesse renouvelés par la disponibilité de nouveaux savoirs qui permettent de réenvisager à la fois les objectifs de cogestion, les interactions entre activités territoriales, leurs effets, et donc les jugements et arguments développés par chacun pour exprimer ce qui, selon lui, a de la valeur. Il s’agit d’évaluer les transformations locales liées à la cogestion des biens communs d’un point de vue collectif, puis d’évaluer, avec des délibérations plus ciblées concernant des projets concrets, leur impact sur des activités plus individuelles. À la fin de ce processus, les participants auront ainsi formulé des jugements sur une "valeur d'usage partagée" liée à la cogestion territoriale, ainsi que sur des "valeurs d'usage spécifiques" attribuées à divers aspects plus locaux. Ces nouvelles représentations sont partagées pendant les délibérations et peuvent être influencées une fois que les participants retournent à leurs activités et métiers.

Comptabilité territoriale et représentations partagées

C’est à un Institut de gestion de l’économie de la contribution (IGEC) territorial qu’incombe la prise en compte formelle – dans le cadre de « conventions collectives territoriales », la conservation et la synthèse des jugements exprimés par les participants au cours de ces rencontres délibératives. En pratique et de manière expérimentale, ce rôle est assuré dans le programme Territoire Apprenant Contributif par le Comité ECO, comité statuant sur les conditions de soutien d’activités en monnaie locale (ECO) et composé de 4 partis prenantes : habitants, acteurs économiques, collectivités, scientifiques. Pour un IGEC, construire une comptabilité territoriale implique de se fonder sur les délibérations qui émergent des ateliers de capacitation. Ces délibérations déterminent ce dont il faut être comptable dans le régime local de coresponsabilité (biens communs identifiés), et ce qu’il faut pour cela prendre en compte - c’est à dire de ce qui a de la valeur du point de vue collectif comme individuel.

La construction d’une comptabilité territoriale IGEC tient donc avant tout à une structuration qualitative des différents niveaux de représentations partagées. Il s’agit aussi de rendre compte aux acteurs des ateliers de capacitation des projections issues de la modélisation des scénarios de coordination construits en délibération. L’imaginaire commun s’adjoint alors de représentations quantitatives à la fois non monétaires (effets sociaux, écologiques et économiques des scénarios) et monétaires (coûts des contributions à la coordination territoriale, coûts des transformations d’usages induites par les engagements vis à vis du commun, effets sur les budgets publics, sur les échanges marchands, sur la solvabilité des acteurs, sur les investissements, etc.). Un IGEC doit donc aussi pouvoir compter, pour proposer une représentation quantitative des scénarios de cogestion à travers la comptabilité territoriale, mais aussi pour aider les acteurs du territoire à compter autrement.

L’exemple du projet ECO : délibérer sur la valeur 

De multiples travaux d’Ars Industrialis et de l’IRI élaborent autour de la question du revenu contributif, des manières de compter, d’un point de vue comptable. Ces travaux restent très théoriques pendant de nombreuses années. En 2022, une forte opportunité émerge à la suite d’un appel à projet de la SOLIDEO « Smart Citizen » : comment faire en sorte de favoriser les comportements des habitants vers la transition écologique ? Le comité ÉCO est une association créée en 2023 pour répondre à cet appel à projet, sur le territoire de Plaine Commune, avec pour média le développement d'une monnaie locale : l’ÉCO, qui viendrait valoriser les acteurs locaux sur le territoire. Il réunit l’IRI et Odyssée, agence d’urbanisme. Le projet vise à accompagner les habitants à reprendre la main sur leur alimentation, leur cadre de vie, leur mobilité, leur consommation, et la biodiversité des milieux dans lesquels ils vivent à travers l’utilisation de cette monnaie et de l’application qui va l’accompagner. L’ÉCO se veut être l’outil qui accompagne l’engagement des personnes et propose aussi des rencontres et échanges pour favoriser le lien social sur le territoire.

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Comité ÉCO - site comite-eco.fr

Le projet comporte des objectifs précis : circulation de la monnaie, et notamment pendant les Jeux Olympiques 2024, chez les commerçants locaux, favoriser ainsi des « parcours de vie », c’est-à-dire des actions qui vont permettre d’utiliser l’ÉCO. De plus, utiliser l’ÉCO va impliquer la constitution d’une réserve (3% des échanges) dont pourra disposer le collectif, cela doit être encore grandement réfléchi et discuté.Afin de définir les actions qui rentreraient potentiellement dans le cadre de ce que la monnaie souhaite valoriser pour le territoire, un comité scientifique va être constitué, avec des chercheurs, des habitants, des élus, afin de réfléchir et de décider quelles actions ont un potentiel pour le territoire sur les volets cités, en termes de soutenabilité. Un fort enjeu se situe sur cet aspect, et doit être considéré avec sérieux et soin. Des travaux de recherche sont en cours et notamment en économie : qu’est-ce qui génère de la motivation pour faire des choses ? Dans quelle mesure cette monnaie pourrait permettre de générer de la motivation pour se tourner vers un certain type d’action ? Comment faire en sorte que tous ces actes motivent des financements ? Le projet est une tentative pratique de s’intéresser à l’économie du territoire, mais implique le besoin d’analyses et de critiques théoriques sérieuses.

Le revenu contributif

Si le travail ne doit pas être confondu avec la notion d’emploi, la question de la valorisation du travail se pose d’une manière nouvelle. Le modèle d’économie de la contribution n’envisage pas qu’une personne soit rémunérée forfaitairement en fonction de la quantité de temps durant lequel elle consent à travailler ou à être employée. L’enjeu n’est pas quantitatif. Il s’agit de créer les conditions matérielles adaptées, de façon que cette personne puisse contribuer à des activités collectives au cours desquelles sont développés des savoirs qui enrichissent en premier lieu cette personne en ce qu’ils lui confèrent, dans sa relation au monde, au sein d’un groupe social.

L’objectif n’est pas une montée en compétences prédéfinies mais l'acquisition de capacités - en particulier celle d'agir sur son environnement - non seulement individuelles mais collectives, adaptées à des problématiques locales identifiées par le groupe lors de ces activités – que nous appelons d’ailleurs et pour cette raison des activités de capacitation. Un « revenu contributif » est alors envisagé pour aider certains acteurs du territoire à libérer le temps nécessaire pour y participer. Ce revenu se fonde sur plusieurs logiques. Il s’agit tout d’abord d’argumenter en faveur d’une nouvelle forme de redistribution. Dans un système productif de plus en plus outillé, voire régi par les plateformes numériques et la robotisation, les gains monétaires induits par la hausse de productivité que permet l’automatisation et le calcul algorithmique ne profitent aux populations locales que de façon limitée. La disponibilité accrue des produits industriels et des services facilités par ces plateformes, et plus généralement le mouvement d’automatisation de la société s’accompagne d’une destruction nette du volume d’emploi, ou tout du moins a tendance à les réorganiser en emplois hyper qualifiés ou totalement déqualifiés. Tandis que la consommation de ces mêmes produits et services implique souvent au préalable un “travail” gratuit de la part des habitants des territoires (codesign et coréalisation des produits, services collaboratifs, etc.) ainsi que la mise à disposition de données personnelles et d’usage qui constituent pour les acteurs de l’économie numérique une source majeure de profit.

Puisque l’automatisation et la transformation numérique de l’économie augmentent la productivité et libèrent du temps, il pourrait être cohérent de considérer que ces travaux créatifs et bénéfiques au territoire au sein d'activités de capacitation justifient un revenu indépendant des rémunérations de l'emploi (salariat). Un « revenu contributif » financé grâce à une partie des profits issus de cette hausse de productivité remplirait cette fonction. Le revenu contributif a une autre raison d’être, complémentaire à la vocation redistributive. Il ne s’agit plus seulement de redistribuer, ce qui pourrait être fait par le biais d’autres formes de revenus décorrélés de l’emploi tel que le revenu universel. Il s’agit d’investir dans la capacité des populations locales à contribuer à la transformation de leur territoire de vie. Dans ce modèle, les activités pratiques de capacitation sont en effet étroitement liées au déploiement de projets sélectionnés en ce qu’ils contribuent à la soutenabilité sociale et écologique forte du territoire, et à la solvabilité des acteurs. Financer un revenu contributif revient ainsi à investir dans l’intelligence collective du territoire et dans sa cogestion soutenable par les différents types d’habitants qui l’animent (résidents, acteurs économiques, associations, puissance publique, etc.). Les savoirs développés lors des activités de capacitation peuvent mener à l’identification conjointe de biens communs, de modes de régulation locaux, ainsi que de synergies permettant aux acteurs une viabilité économique.

La recherche contributive, les savoirs et la capacitation

L’émergence d’un nouveau genre de recherche : la recherche contributive

Bernard Stiegler, à l'initiative du concept de Recherche Contributive, considérait qu'étant donné l'urgence des problèmes que rencontre la société actuelle, il n'y avait plus le temps de faire d'une part de la recherche théorique puis de tester les hypothèses sur le terrain. Qu'en conséquence il fallait lier en profondeur les deux, le travail des chercheurs et celui des habitants de façon à ce qu'il y ait une continuité entre recherche théorique et transformation sociétale (échange permanent des savoirs théoriques et pratiques) ; les habitants devenant eux-même chercheurs et acteurs de la transformation de leur "milieu". Dans la continuité des démarches de recherche-action, La Recherche Contributive va plus loin en ce qu’elle considère que chacun, chercheur et habitant, peut s’impliquer de façon engagée et active dans un sujet de recherche (et nécessairement de la vie de tous les jours), et d’autant plus lorsque cela touche à des problématiques très pragmatiques de sa propre vie. Le modèle de la Recherche Contributive a pour ambition de ne pas se limiter à la simple participation des personnes aux ateliers et discussions, mais elle vise à réunir les conditions pour que celles-ci partagent leurs savoirs, en développent de nouveaux et des expériences sur les sujets et voient leurs vies transformées.

Le parti pris est fort, on considère que les outils de la pensée doivent être renouvelés, y compris ceux de l’université, quitte à bousculer les habitudes, la temporalité de la recherche et les méthodologies d’implication sur le terrain. Il faut être réaliste sur le sujet, cela est difficile. Une chaire de recherche contributive avait émergé aux débuts du projet avec la Maison des sciences de l’Homme (MSH) Nord mais n’a pas abouti. En conséquence le projet TAC que Bernard Stiegler a voulu très pragmatique, raison pour laquelle il a imposé un travail sur une durée longue, s'est réorganisé sur de nouvelles bases. Le projet est donc à mi-chemin des dix ans, il ne ressemble pas exactement à ce qui était prévu au départ, les choses ont évolué au gré des changements électoraux, mais  il tient "le cap" des thèses développées au démarrage.

Pour mener une Recherche Contributive, il est indispensable que les « habitants » et les chercheurs puissent s’investir dans des démarches capacitantes (ateliers, initiatives, séminaires, …). L’investissement et l’implication des « habitants » dans la recherche et dans la transformation de leur « milieu » ne sont possibles que s’ils peuvent y consacrer du temps. Il est donc essentiel de leur donner les moyens de libérer ce temps sans mettre en péril leur foyer (revenu financier). Ce raisonnement a conduit au concept d’un Revenu Contributif prenant en compte le travail dans le cadre de démarches capacitantes. Selon les principe de la capacitation et son rôle dans la recherche, il serait préjudiciable que ce revenu soit calculé sur le volume d’implication (horaires, tâches,… ) consacré par les habitants; il ne doit pas constituer un lien de subordination, donc il ne peut pas être une rémunération à l’instar du salaire ou d’une prestation.

Ainsi le Revenu Contributif s’inspire du modèle des intermittents du spectacle pour la prise en compte financière du travail hors emploi et du logiciel libre pour la démarche créative et productive.

En effet, l'industrie du spectacle (cinéma, théatre, musique,...) est l'une des  seules, si ce n'est la seule industrie, à reconnaitre le travail hors emploi. A l’initiative du cinéma, elle s'est organisée dès les années 1930, de façon à ce que son personnel puissent aisément passer d’une production à l’autre (intermittence) et ait un revenu dans les périodes de non emploi qui sont indispensables à cette industrie (mise à niveau technique, créativité, invention, répétitions,... le talent repose sur un travail constant). De plus, depuis les années 1970, ce revenu élargi à l’ensemble du spectacle (cinéma, spectacle vivant, télévision, audiovisuel) et versé dans les périodes inter-emploi ne repose plus sur l’unique financement de l’industrie du spectacle, mais sur l'ensemble de la collectivité productive (UNEDIC).

Le logiciel Libre émerge dès les année 1980 en s’inspirant des pratiques de développeurs indépendants et des hackers. Théorisé au MIT par Richard Stallman, sur la base de quatre principes : la liberté d'utiliser le logiciel, la liberté de copier le logiciel, la liberté d'étudier le logiciel, la liberté de modifier le logiciel et de redistribuer les versions modifiées, il remet en cause la propriété industrielle et se rapproche des pratiques du droit d’auteur. Ainsi, permettant l’accès au code source à de larges communautés de développeurs, il crée une dynamique de production « contributive » qui accélère le développement de systèmes informatiques complexes. Progressivement la philosophie du logiciel libre s’identifie à des « communs » immatériels. Ce mouvement a progressivement influencé les pratiques de création et de production de l’ensemble de l’industrie numérique et donné naissance à des modèle économiques tels que l’Open source14.

La capacitation et la Recherche Contributive s’inspirent de ces pratiques de partage de savoir, facilitées par les réseaux numériques, qui actuellement ne se limitent plus à l’immatériel. Ces principes ont donné naissance aux FabLab, à certains tiers lieux qui lient de façon originale la fabrication d’objet, aux réseaux numériques dans un contexte de partage de savoir.

Un enjeu fort pour les projets du Territoire Apprenant Contributif qui sont en permanence confrontés au monde numérique : à l’instar du logiciel libre les ateliers développés dans le projet TAC ont l’ambition d’utiliser les outils numériques sans les subir « les adopter sans s’y adapter », comprendre comment ils fonctionnent, pouvoir être force proposition pour les modifier.

Plusieurs ateliers sont dans cette dynamique : la Clinique Contributive (cf. ci-dessous), le Comité Eco (Monnaie écologique territoriale), Urbanités Numériques en Jeux (UNEJ) basé sur Minetest version libre de l’outil propriétaire Minecraft, développe des actions avec les enseignants en milieu scolaire.

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UNEJ, des élèves en train de découvrir des plans - IRI Institut de Recherche et d'Innovation

Les ateliers de capacitation

La première fonction de ces ateliers est de réunir différents types d’acteurs (habitants, entreprises, chercheurs, associations, collectivités, représentants des pouvoirs publics centraux, investisseurs, etc.) qui souhaitent s’engager ensemble dans une démarche locale de transformation du territoire. Ces démarches ne sont pas abstraites, mais contextualisées : un atelier de capacitation est thématique, il se fonde sur une problématique qui « parle » à tout le monde, qui éveille un intérêt, parce que les participants peuvent la rattacher à une expérience ou à des projections locales concrètes. Le thème autour duquel se structure un atelier de capacitation peut être large ou plus ciblé. L’important est que ces ateliers se constituent autour de problématiques qui peuvent fédérer un ensemble d’acteurs autour de projets suffisamment divers, et pas uniquement venir en réponse aux préoccupations de quelques-uns. Ensuite, il s’agit d’organiser le processus collectif qui va permettre à ces acteurs de développer ensemble des savoirs mobilisables dans leur démarche de transformation progressive du territoire. C’est bien là l’idée de la capacitation, qui vise à redonner une capacité à agir sur son environnement. Le processus collectif en œuvre dans les ateliers de capacitation repose sur le partage des connaissances, différentes, de chaque membre de l’atelier, et sur leur mobilisation par le groupe afin de donner naissance à de nouveaux savoirs, répondant à la thématique de l’atelier15. Ceci permet de mieux envisager les projets concrets de transformation du territoire conçus autour de cet atelier. Les savoirs que font grandir les activités de capacitation autour d’une problématique particulière et contextualisée sont en effet propices à l’apparition de représentations partagées localement. Cette intersubjectivité issue de l’expérience pratique collective peut être cultivée et enrichie. Faire groupe est une dimension très importante, qui a des vertus thérapeutiques et porteuses d’individuation, c'est-à-dire, de construction de soi.

L’exemple de la clinique contributive : apprendre, construire et chercher ensemble

Dans un livre intitulé Prendre soin de la jeunesse et des générations, Bernard Stiegler décrit l’importance du soin, à échelle planétaire, c’est-à-dire la responsabilité qui incombe à tout un chacun de préserver la possibilité d’une vie collective, politique, sociale. Il pose que le numérique n’est pas une fatalité, et peut constituer une possibilité de réinventer l’intelligence collective. Le groupe est présenté comme ce qui peut redonner espoir dans l’avenir, ouvrant une éducation pair-à-pair et se faisant canal de transmission des savoirs. La Clinique contributive est une initiative qui tente de répondre à la problématique de la surexposition aux écrans et ses effets sur le développement des jeunes enfants en Seine-Saint-Denis : troubles attentionnels, retards de langage, et troubles dans la relation (décrits comme des symptômes autistiques)17. L’idée est de s’adresser aux professionnels de santé afin qu’ils puissent inventer des dispositifs pour aider les familles, mais aussi aux parents, parfois isolés et dans l’incompréhension.

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Clinique contributive, PMI Pierre Sémard - IRI Institut de Recherche et d'Innovation

Les ateliers ont lieu depuis novembre 2018, et rassemblent des professionnels de la petite enfance, des chercheurs, et des parents. Ces moments d’échange et de réflexion permettent d’ouvrir le sujet des écrans avec les participants, de lire des textes théoriques philosophiques, psychanalytiques, de regarder des films de sensibilisation16. La démarche s'appuie entre autres sur la psychothérapie institutionnelle où les patients jouent un rôle actif dans leur propre guérison en prenant soin les uns les autres. Les parents qui participent deviennent à la fois soignants et chercheurs, partageant leurs savoirs et leurs « trucs et astuces » pour faire face au sujet des écrans. Ils forment un groupe thérapeutique, et échangent autour de leur propre addiction aux écrans. La dynamique est celle de l’entraide mutuelle, et de non-diabolisation de l’objet qui comporte aussi de riches potentialités. L’équipe du centre de PMI (protection maternelle et infantile) Pierre Sémard s’est portée volontaire pour mener l’expérimentation. Le centre est situé dans le quartier Delaunay-Belleville, qui accueille un nombre élevé de familles monoparentales.Les ateliers ont lieu deux fois par mois sur une demi-journée. Ils réunissent l’équipe de la PMI (directrice, secrétaire, puéricultrice et assistante puéricultrice, éducatrice de jeunes enfants et psychologue), Marie-Claude Bossière, pédopsychiatre impliquée dans le projet, des chercheurs de l’IRI, et à partir d’avril 2019 des parents.

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Formation « Raisonnons nos écrans », groupe de professionnels de santé et de mères - IRI Institut de Recherche et d'Innovation

Depuis 2022 et pour trois ans, l’activité de la clinique contributive s’est étendue à un projet de formations (« Raisonnons nos écrans ») pour les parents et les professionnels de santé, dans le cadre d’un partenariat avec la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives et la mairie de Saint-Denis. Ces formations durent 9 séances qui vont toucher une centaine de personnes au total. Ces formations ont lieu toutes les deux semaines sur une demi-journée, et s'inspirent de la méthode décrite ci-dessus. Cela a permis de mobiliser plus de parents et l’ancrage sur le territoire en est encore plus abouti. L’ambition à terme est que les parents permettent la création d’un statut « ambassadeur des écrans raisonnés », et deviennent des ambassadeurs sur le sujet envers d’autres parents. Un travail sur un livret de sensibilisation sur la surexposition aux écrans est en cours et devrait être proposé aux professionnels de santé pour accompagner les parents. Les ateliers mettent en œuvre :

  • L’analyse individuelle et collective des pratiques numériques des participants
  • Des apports théoriques sur le fonctionnement cérébral et sur les vulnérabilités psychiques, sur le développement de l’enfant en bas âge, sur le fonctionnement des applications numériques, sur l’aspect thérapeutique du groupe, etc.
  • Une réflexion collective et un partage des pratiques de désintoxication numérique et de pratiques raisonnées
  • La construction de nouvelles pratiques professionnelles et d’actions à mener.
Notes de bas de page
  1. Terme conceptualisé entre autres par Jean-Marie Dru dans le cadre du marketing.
  2. Citation de l’ex-patron de TF1.
  3. En Grèce ancienne, le terme de pharmakon désigne à la fois le remède, le poison et le bouc-émissaire. Tout objet technique est pharmacologique : il est à la fois poison et remède. Le pharmakon est à la fois ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut prendre soin, au sens où il faut y faire attention.
  4. C’est également la dynamique qu’incarne la permanence architecturale et l’étude de faisabilité en actes qu’elle produit.
  5. « Rapport Villani sur l’intelligence artificielle : le regard du philosophe Bernard Stiegler », 31/03/2018, TV5 Monde.
  6. Bernard Stiegler, « Quand s’usent les usages », entretien réalisé par Catherine Geel, Revue Azimut.
  7. Ibid. 
  8. Atelier Cuisine contributive avec le PTCE Restau Passerelle, Projet ContribAlim soutenu par l’ADEME, activités cuisine à la Maison de quartier Pierre Sémard, projet NEST avec le Parc Départemental du Sausset, partenariat sur la filière Bio avec le PTCE initié par CARMA. Pour plus de détails. 
  9. Un écho se fait ici avec le projet de cuisine et de restaurant solidaires, porté par l’association R.E.R à Goussainville et Sarcelles.
  10. Amartya Sen a montré que l’espérance de vie des habitants du Bangladesh est plus élevée que celle des habitants d’Harlem, alors même que les premiers souffrent de famine. Il semblerait que les habitants d’Harlem, bien plus riches en termes de revenus et de prospérité économique, font face à des problématiques d’insécurité, de problèmes de santé et d’accès aux soins qui expliquent cette différence.
  11. Amartya Sen, L’idée de justice, « Vies, libertés et capabilités », p. 278.
  12. Ibid., p. 279.
  13. Cette réflexion sur la valeur d’usage d’un lieu délaissé, l’utilisation pratique, et donc l’entretien d’un espace-temps, a notamment abouti à la création d’un outil juridique expérimental : le bail forain.
  14. Pour remarque, le logiciel libre se démarque de l’open source, qui, certes, ouvre l’accès à son code source, mais conserve la dimension propriétaire et non-gratuite. L’ambition est alors plutôt l’innovation technologique que le partage et la non-restriction. De plus, pratiquer le code suppose un savoir-faire que tout le monde n’a pas.
  15. Ce processus nécessite une organisation qui donne la possibilité à chaque membre de pouvoir contribuer à l’élaboration de ces savoirs, par la capacité à identifier et reconnaître les connaissances que chacun mobilise, quand bien même les sources de cette connaissance sont d’ordre expérientiel et ne correspondent pas à celles classiquement admises.
  16. Dans une tribune publiée dans Le Monde en 2017, une dizaine de soignants, médecins de la protection maternelle et infantile (PMI), pédiatres, psychologues ou encore orthophonistes alertaient sur « les graves effets d’une exposition massive et précoce des bébés et des jeunes enfants à tous types d’écrans ».
  17. Comme la série Dopamine diffusée sur Arte.